Par Caroline Béland
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Je vous vois. Je vous vois puiser dans tout le courage qu’il vous reste pour demander de l’aide. Souvent, ce geste naît d’un trop-plein : trop de douleur, trop de fatigue, trop d’incompréhension, trop de solitude. Et aussi d’un espoir d’aller mieux.
Je vous vois me demander des solutions, me demander que ça passe vite. Je ne peux pas vous en vouloir, il est normal de chercher de l’apaisement, quelque chose qui calme lorsqu’on souffre. On voudrait que le changement soit immédiat pour arrêter d’avoir mal. Par contre, le processus thérapeutique peut être un peu plus long, il ne suit pas une ligne droite. Il avance, il recule, il hésite… Le changement peut parfois se faire à votre insu, tranquillement et il peut même être contre-intuitif et souvent inconfortable. Je vous dis, vous allez douter. Douter de vous, douter de moi et du processus.
On peut voir le changement psychologique comme un processus évolutif. D’un point de vue un peu plus théorique, il est souvent compris par étapes, comme l’expliquent Prochaska et DiClemente (1994) dans leur modèle : La précontemplation (je ne pense pas encore à changer), la contemplation (je commence à y réfléchir), la préparation (je me sens prêt·e), l’action (je pose des gestes concrets) et le maintien (je consolide ce qui est nouveau). Ce processus peut inclure des retours en arrière. J’insiste, ce n’est pas un échec, c’est tout à fait normal. Il faut garder en tête que notre cerveau a aussi besoin de temps pour intégrer de nouvelles façons de penser, de nouvelles façons d’être en relation, de ressentir ou de réagir. Il peut créer de nouvelles connexions et comprendre les choses différemment, mais cela demande de la répétition, du soutien et de la patience.
Nous allons aussi faire face à des résistances au changement qu’on pourra comprendre comme des mécanismes de protection, développés avec le temps et qui vous ont été certainement utiles par le passé. Les accueillir avec bienveillance, comprendre leur utilité plutôt que de les juger, ça aussi ça fait aussi partie du travail thérapeutique. Ce chemin vers le changement veut que vous vous observiez, que vous compreniez mieux votre fonctionnement. Il veut vous apprendre à faire du sens, à sentir, à réfléchir et à réagir différemment. Le changement, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre. C’est revenir vers soi, vers une plus grande connaissance de qui vous êtes dans un espace sécuritaire. Je serai là pour vous le rappeler, pour tenir l’espoir à travers les hésitations et les découragements.
