Par Arianne Marois
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Comment ça va ?
Cette question, en apparence banale, traverse nos journées comme un automatisme. Elle apparait dans les corridors, autour d’un café, ou au détour d’un message texte. Pourtant, derrière sa simplicité apparente, se cache une invitation bien plus profonde qu’il n’y paraît, soit celle de se connecter à notre monde intérieur.
Y répondre avec justesse exige plus qu’un rapide « Ça va ». Cela demande de prêter attention à ce qui se passe en nous, d’observer les signaux de notre corps, de faire le tri parmi nos pensées pour tenter de poser un mot sur notre ressenti. Une véritable aventure intérieure qui peut facilement être mise de côté dans le tourbillon du quotidien.
Mais que se passe-t-il lorsque, jour après jour, nous évitons ce rendez-vous avec nous-mêmes ? Quand nous restons à la surface de nos états, sans jamais vraiment y plonger ?
Les émotions : des signaux à écouter
Nos émotions ne surgissent jamais par hasard. Comme la faim ou la soif, elles sont des indicateurs précieux de nos besoins internes. La peur, la tristesse, la colère ou la joie (pour ne nommer que celles-ci) sont toutes des émotions normales, saines qui font de nous des êtres tout simplement humains. Oui, je sais, je t’entends déjà me dire que certaines émotions sont négatives ou « pas belles » et que l’on doit donc s’en éloigner le plus vite possible. Bien qu’il soit vrai que certaines soient plus désagréables ou inconfortables à ressentir, il est important de se rappeler que leur message demeure important. Et comme tout message, si on ne l’écoute pas, il revient souvent plus fort, plus envahissant, sous forme par exemple de symptômes anxieux ou dépressifs. Eh oui, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme, même pour le monde émotionnel!
Chaque émotion nous renseigne sur l’état de notre équilibre psychique et relationnel et nous invite à porter attention à quelque chose d’important dans la situation actuelle. Par exemple, la peur peut nous alerter d’un danger, la colère signalée qu’une limite a été franchie, la tristesse nous invite à ralentir et à digérer une perte alors que la joie nous indique que quelque chose nous nourrit profondément. Elles mobilisent toutes à leur façon une énergie interne pour qu’on puisse réaliser une action conséquente au besoin qui se cache derrière, comme aller chercher du soutien et du réconfort (tristesse) ou bien encore à s’affirmer (colère). Tu vois, nos émotions sont précieuses et nous permettent, lorsqu’on leur accorde un espace pour s’exprimer, d’adopter des comportements adaptatifs.
Rappelle-toi qu’une émotion dure en général entre 60 et 90 secondes, mais que cet état peut se prolonger selon la façon qu’on a d’y faire face (ruminer, par exemple). Lorsqu’on parvient à tolérer cet inconfort, à se sécuriser à travers cette tempête intérieure, on peut tranquillement reconnecter à soi et mieux se comprendre, ce qui engendre souvent un sentiment d’apaisement et de cohérence interne.
Décoder nos émotions : un apprentissage essentiel
Apprendre à reconnaître et à nommer ce que l’on ressent, c’est un peu comme apprendre une nouvelle langue. Cela demande de l’entraînement, de la patience, et parfois, de l’aide. Ce n’est pas toujours clair : les manifestations physiques varient d’une personne à l’autre, et plusieurs émotions peuvent se ressembler. Par exemple, je peux avoir les joues chaudes autant lorsque je suis gêné·e que lorsque je suis en colère. Il faut donc apprendre à apprivoiser ces nuances, être attentif aux contextes, aux pensées qui accompagnent le ressenti et surtout se montrer indulgent à travers ces nouveaux apprentissages.
Ce travail peut sembler exigeant, mais il ouvre la porte à une régulation émotionnelle plus juste et plus apaisante. Plutôt que d’être submergé·e ou contrôlé·e par nos émotions, nous apprenons petit à petit à les écouter, à comprendre ce qu’elles signalent, et à y répondre avec bienveillance. On apprend aussi à se faire confiance et à être un peu plus doux avec soi-même.
Accueillir ses émotions : Observer plutôt que juger
Et donc, si au lieu d’ignorer ou d’invalider rapidement nos émotions, nous acceptions de les observer avec curiosité ? Tout comme on regarde le ciel lors de certains jours
lumineux ou d’autres plus orageux. Les émotions, comme les nuages, passent, se
transforment, disparaissent parfois aussi vite qu’elles sont venues. Elles ne sont pas nous. Elles nous traversent. Et si on prend le temps de les écouter, elles nous enseignent.
Alors, la prochaine fois que tu te surprends à répondre un rapide « ça va », peut-être que tu pourrais ajouter un petit moment de pause pour te demander, pour vrai : qu’est-ce que je ressens, là, maintenant ? Voilà de belles occasions de connexion humaine, de connexion à soi.
Pour en apprendre davantage sur le sujet, voici quelques suggestions de lecture :
Beaulieu‑Pelletier, G. Trucs de psy : Guide pratique pour s’aider soi‑même. Montréal :
Éditions de l’Homme, publié le 20 mars 2025 (ou 29 septembre 2024 selon l’éditeur) ;
296 pages ; ISBN 978‑2‑7619‑6355‑8
Larivey, M. (2021, avril). La puissance des émotions : Comment distinguer les vraies des fausses (336 pages). Montréal : Les Éditions de l’Homme. ISBN 978 2 7619 5596
